10 fév 2017

Création d’un laboratoire du méditant-militant

Michel Maxime Egger, le 10.02.2017

L’ONG suisse Pain pour le prochain a créé en août 2016 un laboratoire visant à promouvoir les dimensions intérieures et spirituelles de la « transition ». Il travaillera en co-création participative avec les acteurs intéressés de la société civile et des milieux d’Eglise.

Réchauffement climatique, épuisement des ressources naturelles, augmentation des inégalités… Les clignotants sont au rouge vif. Ils révèlent l’impasse de notre mode de développement – axé sur la croissance matérielle, le consumérisme et le profit – qui se heurte aux limites de la planète et de l’être humain.

L’enjeu intérieur de la transition

Comment passer de ce système qui détruit la vie à une société qui la respecte, car fondée sur des relations plus justes entre les êtres humains et avec la Terre ? Tel est l’enjeu de la transition. Elle suppose ce pour quoi Pain pour le prochain (PPP) œuvre depuis longtemps : la promotion de nouvelles formes de production alimentaire et d’économie, respectueuses des droits humains et de la nature. Cela, à travers le soutien de programmes de développement au Sud, des campagnes de sensibilisation au Nord et du lobbying politique pour modifier le cadre légal.

La transition exige aussi une transformation intérieure. Car les racines des problèmes écologiques et socio-économiques sont spirituelles. Elles sont liées à une manière de voir et de vivre. Elles manifestent une crise généralisée du sens et du lien : à soi, aux autres, à la nature et au mystère du Souffle qui transcende et habite toute vie.

Transition vient du latin « trans-ire » qui signifie « aller au-delà ». En l’occurrence, au-delà du système de valeurs et de la vision du monde qui coupe l’être humain de la nature et réduit celle-ci à un stock de ressources. Mais aussi au-delà des sentiments d’impuissance et de découragement si répandus dans la population.

Respecter la Terre et tous les êtres qui l’habitent, c’est les accueillir comme des dons dans la conscience de leur dignité et de notre interdépendance. Adopter la sobriété heureuse chère à Pierre Rabhi (et à l’évangile) comme mode de vie, c’est opérer un travail intérieur sur son désir et son idéal d’accomplissement humain.

Action et contemplation

Pain pour le prochain a créé cet été un « laboratoire » de la transition intérieure, avec à sa tête Michel Maxime Egger. Un espace ouvert et en mouvement. Un lieu de recherche et d’expérimentation pour une nouvelle forme d’engagement dans la cité : le méditant-militant qui allie contemplation et action dans la co-création participative d’alternatives locales.

On peut en ce sens, en jouant sur les mots et en trafiquant quelque peu l’étymologie, voir dans « laboratoire » une conjonction entre labor (travailler) et orare (prier). Autrement dit, se transformer soi-même pour transformer le monde. Dans un alignement entre la tête, les mains et le cœur. « Soyons nous-même le changement que nous voulons voir advenir », disait Gandhi. Un tel effort de cohérence est incontournable pour accomplir la transition, en laquelle l’écopsychologue Joanna Macy voit l’« aventure essentielle » de notre temps.

Travail de « tisserand »

Avec son nouveau laboratoire, qui se déploiera dans un premier temps en Suisse romande, Pain pour le prochain entend participer à des initiatives de transition. Dans les milieux d’Eglise et dans la société civile. Plusieurs axes d’activités sont prévues : sensibilisation (conférences, débats), formation (sessions, ateliers, avec une forte composante écospirituelle et écopsychologique), accompagnement d’initiatives et mise en réseau. Il s’agira notamment de promouvoir la quête de sens et de sacré, des valeurs comme l’altruisme, la diversité et la sobriété, mais aussi d’offrir des pistes pour passer du sentiment d’impuissance à l’espérance active.

Pour reprendre l’expression du philosophe Abdennour Bidar, Pain pour le prochain se voit comme un « tisserand » animé du désir de contribuer – en synergie avec d’autres – au « paradigme de la vie bien reliée » en train d’émerger aux quatre coins de la planète. La civilisation de demain sera plus équitable, collaborative, solidaire et porteuse de sens, ou ne sera pas.

Informations : https://painpourleprochain.ch/transition
Dans le numéro 4/2016 du magazine Perspectives, lire les dossiers «Transition» et «Se changer d'abord soi-même».