15 mai 2016

Au commencement, le silence et la pierre

Michel Maxime Egger, le 15.05.2016

Avant d’être sculpteur, Sylva Hanuise a été entrepreneur. Ses affaires étaient florissantes. « J’ai cherché à être comme tout le monde, à attendre les mêmes choses que les autres, à espérer les mêmes choses que les autres, à courir après les mêmes choses que les autres, à penser que je n’avais pas le temps, qu’il fallait que je me dépêche. Et je me suis dépêché, j’ai couru. Et là au bout de quarante années passées sur cette terre, j’ai découvert que je n’avais rien compris. J’ai découvert que je ne vivais pas. J’ai découvert le vide. Le moment était venu où j’allais pouvoir consacrer du temps à ma vie. Aller à la rencontre de ma vie. »

Sylva Hanuise sculpte de et avec tout son être. Comme il respire. Ses mains sentent et touchent la pierre comme un corps vivant. Avec force et délicatesse, vigueur et douceur, humilité et écoute. Chez lui, le coup de burin devient caresse.

De ce « corps-à-corps » où deux « peaux » se rencontrent, émergent des formes pures où l’aspérité de la roche est transformée en ligne harmonieuse, où la terre s’élance vers le ciel dans une union nuptiale – pour ne pas dire érotique –, où le visible s’ouvre à un autre monde.

Sculpter pour Sylva, c’est vivre. Et vivre c’est donner corps au mystère, faire apparaître le vivant, retrouver à chaque instant l’énergie du commencement, la grâce de la naissance. Pour cela, il faut ouvrir, s’ouvrir : « Pour rendre quelque chose vivant, fragilise-le. Il se mettra en mouvement », peut-on lire dans son atelier.

Sylva n’utilise pas ce mot, mais il vit son art comme un chemin « spirituel ». Incarné et tissé d’invisible. Silencieux et habité d’une musique qu’il assimile au chant des sirènes. Muet et résonant de mots qui accompagnent ses gestes. Solitaire et re-lié : à son corps, son âme, son esprit, son cœur, mais aussi aux autres et à la Terre avec tous les êtres qui l’habitent.

Régulièrement, Sylva honore son prénom en partant dans les bois. Il marche « vers quelque part en lui », jusqu’à ce qu’un lieu l’appelle. Alors il s’assied et se pose : « Je laisse mon corps s’enfoncer dans la terre, dans le sol. Ce que je suis se dissout lentement dans la nature, devient une partie du lieu, se fond. Je retrouve en moi la trace de cet humus. Je sens qu’au fur et à mesure que ma vie s’abandonne, une énergie se réveille, me rejoint venant du sol. Quelque chose sourd comme une source qui va vers moi. Cela commence à me remplir. Une part de moi s’efface, se nettoie doucement. Je reste là un moment sans bouger, calme. Quelque chose s’est renouvelé au fond de lui, je me suis nourri. Mon être revient. Mes yeux regardent tout autour. Combien de temps a passé ? Je ne le sais mais cela m’importe peu. Je suis prêt. Je profite encore un instant de cette force partagée. Je me lève et rentre le ventre plein. »

Sylva expose quelques-unes de ses sculptures en Suisse, au château de Vaumarcus – bord du lac de Neuchâtel – lors de la 21ejournée des plantes, du 20 au 22 mai.

Il est temps de découvrir ses œuvres et le ventre d’où elles sourdent : son atelier. En légende, des extraits de ses écrits.