10 sep 2016

Erling Mandelmann: une vie en 80 portraits

Michel Maxime Egger, le 10.09.2016

Né à Copenhague, Erling Mandelmann a fêté ses 80 ans l’année dernière. L’occasion de célébrer par un beau livre une vie de photographe au service de la beauté, de la circulation des idées et d’un monde plus juste et solidaire. show me (Editions Call Me Edouard) offre 80 portraits et récits de personnalités qui ont marqué le xxe siècle. Des figures qu’Erling a rencontrées au cours de ses reportages pour des hebdomadaires et magazines suisses et étrangers ainsi que pour des ONG comme ATD Quart Monde, Caritas ou encore Amnesty International.

« Show me ! Qu’est-ce que je peux dire ? Il n’y a pas grand-chose à dire... Surtout quand je suis avec un journaliste, parce que c’est le journaliste qui compte. C’est le journaliste qui mène l’interview et le photographe se tait. Et quand le journaliste a fini, le photographe a juste cinq minutes pour faire la photo. Alors je ne commence pas une conversation – je ne dis que quelques mots pour mettre la personne à l’aise – et, de temps en temps, je la dirige, je lui dis de se mettre comme ça, ou comme ça... Mais le photographe n’est pas qu’un œil – il est aussi une oreille. Il écoute l’interview. Et ça, c’est aussi quelque chose qui peut avoir une influence sur la manière de faire une photo. »

On retrouve dans ces propos l’une des grandes qualités d’Erling Mandelmann : l’humilité. J’ai eu la joie de collaborer avec lui lorsque je travaillais pour l’hebdomadaire « Construire ». J’en garde le souvenir d’un remarquable artisan au sens le plus noble du terme, un photographe qui fait son travail avec amour, respect, enthousiasme, un sens profond de l’humanité qui se manifestait dans son attention profonde et discrète envers la personne photographiée. Son éditeur a raison de souligner son « étonnante aptitude à l’émerveillement : il est comme un enfant qui voit les choses pour la première fois ».

Dans un courriel reçu ces derniers jours, Erling me proposait cette dédicace, synthèse fulgurante de son propos à travers cet ouvrage : « Ma vie fût un livre, une suite de pages, un puzzle, une mosaïque des humains, qui ensemble forme une longue vie riche et formidable. » Son art est une parfaite expression de la célèbre phrase de Roland Barthes : « Ce que la photographie reproduit à l’infini n’a lieu qu’une fois. »