L'Être caché du cœur
Ouvrages IndividuelsChaque tradition de sagesse a ses textes phares sur la connaissance des mystères divins. Dans l’Orient chrétien, c’est la «Philocalie des Pères neptiques», un recueil monumental d’écrits mystiques du IVe au XVe siècle. «L’Être caché du cœur» en propose 400 extraits pour aujourd’hui, agencés sous la forme d’un chemin initiatique et mystique. Les lire et les «manduquer», c’est se mettre en mouvement et s’ouvrir au vent de l’Esprit qui fait toutes choses nouvelles, dont nul ne sait ni «ni d’où il vient ni où il va» (Jn 3,8).
Le mot « philocalie » a un double sens. D’une part, selon l’étymologie grecque, il signifie « amour de la beauté », en l’occurrence celle de la création, de l’être humain et surtout celle du Dieu d’amour révélé et manifesté en plénitude dans la personne de Jésus-Christ. Une beauté divino-humano-cosmique, source de lumière et d’amour, qui agit comme un aimant, appelle à la communion et échappe ultimement à toute saisie.
D’autre part, la « philocalie » désigne une anthologie de textes monastiques issus de différentes aires de la Méditerranée orientale : le désert d’Egypte, le mont Sinaï, Constantinople et le Mont Athos. Cette collection est la source notamment de la prière du cœur ou de Jésus, popularisée par les Récits d’un pèlerin russe. Une trentaine d’auteurs, parmi lesquels des figures majeures comme Maxime le Confesseur et Grégoire Palamas, y tracent la voie de l’hésychasme (du grec hésychia, « paix », « repos ») et de ses étapes vers l’expérience de la Lumière incréée: la purification du cœur par l’ascèse, la connaissance de Dieu dans la création et les Écritures saintes, la déification ou l’union à Dieu.
Traduits par Jacques Touraille, introduits et choisis par Michel Maxime Egger, les extraits réunis dans L’Être caché du cœur proposent, par leur agencement, un véritable voyage spirituel centré sur l’ouverture au souffle de l’Esprit, l’unification intérieure ainsi que la contemplation du vivant et de l’«Un plus que beau» qui en est la source.
Echos médiatiques
Le grand mérite de ce livre est la précieuse sélection opérée par l’auteur - Michel Maxime Egger, sociologue et, comme il aime à se définir, «éco-théologien» orthodoxe - parmi l’énorme masse de textes qui composent la Philocalie. Ce qui nous vaut ce florilège - une sélection de quatre cents courts extraits, dont le texte a parfois été actualisé - qui ne vise pas seulement à proposer à notre méditation des pépites de sagesse, mais qui, par l’agencement de ces fragments, nous ouvre à un voyage spirituel vers l’union avec le divin, qui passe par une transformation intérieure.
L’auteur nous donne ainsi les outils nécessaires pour nous mettre à l’école de vie et de sainteté de la longue théorie des maîtres spirituels de l’hésychasme (du grec hèsychia, «paix», «silence», «repos»). La voie à emprunter est soigneusement balisée grâce à un classement thématique qui conduit par étapes «vers l’expérience de la Lumière incréée». Une importante introduction, après une partie historique, expose successivement «les fondements» (de l’image de Dieu à la déification), «le chemin» (de l’ascèse à la connaissance de Dieu), et enfin «la méthode» (la prière de Jésus ou du coeur), un plan repris ensuite dans la partie anthologique. (No 52, septembre-novembre 2021)
Comment rester éveillé dans l’attente de la Nativité ? Le théologien orthodoxe Michel Maxime Egger nous propose d’emprunter la voie de la contemplation et de la prière du coeur, tracée par des moines d’Orient dès le IVe siècle.
Le temps de l’Avent est par excellence celui de la veille, nous ne le savons que trop bien. Mais comment être de ces veilleurs éveillés à qui il sera donné d’accueillir le Seigneur lors de sa venue à l’improviste? Que le croyant traversé par cette question n’hésite pas à puiser aux sources de la tradition chrétienne! Parmi les voies mystiques qui s’offrent à lui: l’hésychasme, du grec hèsychia, «paix, silence, repos».
C’est sur ce «chemin d’unification et de divinisation de l’être dans une ouverture du coeur aux énergies incréées et à la grâce de l’Esprit saint» que nous entraîne le théologien orthodoxe Michel Maxime Egger. Chemin tracé par des moines d’Orient entre le IVe et le XVe siècle, dont les enseignements ont été rassemblés dans la célèbre anthologie intitulée la Philocalie des Pères neptiques, et que les laïcs d’aujourd’hui peuvent emprunter avec profit.
Dans sa très riche introduction à la Philocalie dont il a sélectionné avec soin 400 courts extraits, Michel Maxime Egger insiste sur l’universalité de ce voyage intérieur dont la voie royale est la prière de Jésus ou prière du coeur. Lus de manière cursive ou picorés dans tous les sens, les textes choisis - d’Évagre le Pontique, Maxime le Confesseur, Pierre Damascène ou encore Grégoire Palamas - seront d’une aide précieuse pour grandir dans cette attitude spirituelle tant désirée pendant l’Avent, mais qui devrait l’être toute la vie durant, et que l’auteur définit ainsi: «La nèpsis renvoie à la vigilance, à l’attention et la garde du coeur par opposition à l’inattention, la dispersion et l’oubli; à la sobriété et la mesure par opposition à l’excès et la démesure; à l’éveil par opposition à l’inconscience ou la somnolence; à la vision claire par opposition à l’égarement, l’illusion ou la confusion.» (No 3926, 26 novembre 2020).
Pépites choisies
L’intelligence qui a été rendue digne d’une telle lumière transmet au corps attaché à elle les marques de la beauté divine : elle est une médiation entre la grâce de Dieu et l’épaisseur de la chair et elle porte en elle la force des faibles.
Efforce-toi d’entrer dans le trésor de ton cœur, et tu verras le trésor céleste. Car l’un et l’autre sont une même chose. Considère que les deux ont une seule entrée. L’échelle de ce Royaume est cachée au-dedans de toi, c’est-à-dire dans ton âme.
Saint Isaac dit: «Si tu fais une part de toutes les œuvres de la vie sociale, et une autre part du silence, tu trouveras que celui-ci pèse plus lourd.» Et: «Aime le silence plus que tout, car il t’approche du fruit. La langue est impuissante à l’expliquer. Forçons-nous d’abord à nous taire. Alors du silence naît en nous quelque chose qui nous conduit au silence lui-même. Que Dieu te donne de sentir cette chose qui vient du silence.» […] Et aussitôt: «Le silence est le mystère du siècle à venir. Et les paroles sont l’organe de ce monde.»
Purifier l’intelligence n’est le fait que du Saint-Esprit. […] Il faut donc par tous les moyens et au plus haut point – par la paix de l’âme – donner à l’Esprit saint de se reposer, pour que nous ayons en nous-mêmes la lampe de la connaissance toujours brûlante.
L’origine des illusions de l’intelligence est la vaine gloire; c’est elle qui pousse l’intelligence à essayer de circonscrire la divinité dans des figures et dans des formes.
La foi intérieure précède toutes les vertus.
Ce que nous appelons la foi n’est pas croire dans la distinction des Personnes divines adorées, dans la propre nature extraordinaire de la Divinité, dans l’admirable économie, si élevée soit-elle, qui l’a portée dans l’humanité, qui lui a fait prendre notre nature. La foi dont nous parlons se lève de la lumière de la grâce dans l’âme par le témoignage de la conscience. Elle conforte le cœur résolu dans la certitude de l’espérance, loin de toute présomption. On ne la découvre pas dans ce qu’il est donné aux oreilles d’entendre, mais elle montre aux yeux spirituels les mystères cachés dans l’âme.
Rien n’est meilleur que de connaître sa propre faiblesse et sa propre ignorance. Et rien n’est pire que de les ignorer.
Il n’est donc guère possible de connaître raisonnablement les choses de l’amour, la douceur et la consolation, ni tout à fait ce qu’est la pureté de l’amour, tant que le cœur n’est pas animé, de manière continue et manifeste, par la puissance vivifiante du Saint-Esprit.
Celui qui est parfait en amour et qui est parvenu au sommet de l’impassibilité ignore la différence entre lui-même et l’autre, ou entre ce qui est propre et ce qui est étranger, ou entre le croyant et l’incroyant, ou entre l’esclave et l’homme libre, ou entre l’homme et la femme. Mais, élevé plus haut que la tyrannie des passions et ne voyant plus que l’unique nature des êtres humains, il les considère tous également et il éprouve pour tous le même sentiment. Car il n’y a plus alors ni Grec ni Juif, ni homme ni femme, ni esclave ni homme libre, mais le Christ est tout et en tous.
Car nous ne devons absolument pas dire ou penser de quelqu’un qu’il est mauvais, mais voir tous les êtres humains comme bons. Quand bien même tu verrais quelqu’un tourmenté par les passions, ne déteste pas ton frère, mais les passions qui lui font la guerre. Quand bien même il serait tyrannisé par les convoitises et les aliénations, soit encore plus compatissant.
Quand tu lis les Écritures, considère ce qui est caché en elles.
L’âme reçoit la connaissance des paroles divines selon le degré de la purification de l’intelligence.
Si tu es théologien, tu prieras vraiment, et si tu pries vraiment, tu es théologien.
Les paroles sont liées au connu. Or ce qui est caché est inconnu. Donc ce qui est caché est en dehors de toute parole. Car si l’ignorance de ce qui est caché est plus haute que la connaissance, ce qui est plus haut que la connaissance n’a guère besoin de connaissance, et aura encore moins besoin de paroles.
Les sages disent qu’il est impossible que coexistent le discours sur Dieu et l’expérience de Dieu, ou l’intellect et la perception de Dieu. J’appelle discours sur Dieu l’analogie que nous tirons des êtres, quand nous contemplons Dieu pour le connaître. J’appelle perception l’expérience des biens plus hauts que la nature, cette expérience que donne la participation.
La prière se définit comme le mouvement perpétuel de l’intelligence autour de Dieu. Son œuvre est de tourner l’âme vers les choses divines. Sa fin est d’unir la pensée à Dieu, de devenir un seul esprit avec lui, selon la définition et la parole de l’Apôtre.
Nous devons continuellement respirer Dieu.