Robert Redford: Tout n’est pas perdu

Bloc-notes

Récit de la lutte pour la survie d’un naufragé en plein océan incarné par Robert Redford (1936-2025), All is lost (Seul en mer) est en réalité une fable pascale. L’histoire d’un parcours initiatique qui célèbre le courage de l’humain, mais plus encore l’acceptation de sa fragilité et le lâcher-prise comme source d’union au cosmos et au divin. Au bout de l’enfer, la résurrection. Un film emblématique de Robert Redford et de son engagement – existentiel et cinématographique – pour le Vivant.

La disparition, le 16 septembre 2025, de Robert Redford marque symboliquement l’éclipse d’une certaine Amérique, aux antipodes de la dérive trumpienne. Promoteur d’un cinéma indépendant, l’acteur et réalisateur a incarné une vision du monde profondément humaniste et pleine d’espérance, engagée pour la démocratie, la liberté de la presse, le pacifisme, les droits humains, la cause amérindienne et la lutte contre la corruption. Mais, peut-être plus que tout, il a été un militant écologiste. Dans, All is lost (2013), l’un de ses derniers films réalisé par J.C. Chandor, il montre un homme aux prises avec une nature puissante, belle et impitoyable, qui donne et prend la vie. Une lutte solitaire non pas contre, mais avec les forces du cosmos, qui devient, plus profondément, un chemin spirituel de mort-renaissance.

Niveaux de lecture

All is lost a deux niveaux de lecture. Au premier degré, on peut le voir comme l’histoire d’un naufrage, où – huit jours durant – on suit Robert Redford dans ses efforts courageux, ses gestes techniques et matériels, ses états d’âme subliminaux, pour tenter de survivre au milieu de l’océan indien.

Au second degré, plus profond, on peut le lire comme un récit symbolique, au sens étymologique du mot grec symbolon : l’anneau qui unit la mer et le ciel, la physique et la métaphysique, la matière et l’esprit, l’eau et le feu. Les événements extérieurs deviennent alors l’expression de l’être intérieur du personnage. La manifestation d’un parcours initiatique tissé d’épreuves, de chutes et de relèvements.

Parcours initiatique

Plusieurs moments, d’ordre existentiel et spirituel, jalonnent ce cheminement où se mêlent le sang-froid et l’effroi, l’espoir et le désespoir, la volonté et la colère:

Au bout de l’enfer

Je ne sais pas si c’était l’intention du cinéaste. Mais impossible de ne pas penser à l’icône de la résurrection, où Jésus saisit la main d’Adam pour le tirer hors de l’enfer.

Traversée des matrices

Ce parcours met en œuvre une triple dynamique.

Système destructeur

Le cinéaste J. C. Chandor et Redford parle d’une lutte entre la nature et l’être humain, la première étant plus forte que le second et ses appendices techniques. Certes, tout dans le film rappelle la petitesse et la fragilité de l’être humain face à l’immensité du cosmos et à la puissance des éléments. Plans sublimes en plongée depuis le ciel ou en contre-plongée depuis le fond des océans sur le canot de sauvetage, méduse évanescente entourée de poissons.

En même temps, ce qui cause la perte du marin est cela même qui détruit la planète. Ce n’est pas la nature qui provoque le naufrage de Redford, mais bien le système économique croissanciste-productiviste-consumériste symbolisé par le conteneur échoué. Il est victime d’une humanité coupée de la nature, déshumanisée (le cargo fantôme avec ses containers) et aveugle (le paquebot de croisière qui passe sous son nez sans le voir).

Si la nature l’emporte sur l’être humain et la technique, la Vie triomphe de la mort. Rien n’est perdu dans All is lost. J. C. Chandor a signé une fable pascale.

Partagez cet article

À lire ensuite…